Techniques & Assemblage

Ferme sur blochet : définition, rôle et assemblages

Ferme sur blochet : une ferme sans entrait qui libère le comble. Le rôle du blochet, le cheminement de la poussée, les assemblages et les désordres à surveiller.

Jean-Paul Lefèvre6 novembre 202610 min de lecture
Ferme sur blochet : définition, rôle et assemblages

Dans une charpente classique, chaque ferme est fermée en bas par une grande poutre horizontale, l'entrait, qui traverse le comble d'un mur à l'autre. Elle tient les pieds des arbalétriers et les empêche de s'écarter. Mais elle encombre le volume : on l'enjambe, on s'y cogne, et elle rend difficile l'aménagement d'un grenier. La ferme sur blochet est la réponse qu'ont trouvée les charpentiers d'autrefois pour libérer le comble. On la rencontre dans les granges, les églises, les maisons anciennes à grenier habitable, et elle revient dans des rénovations qui veulent garder de beaux volumes. Ce guide explique ce qu'est un blochet, comment une ferme peut tenir sans entrait, comment elle s'assemble et ce qu'il faut surveiller.

Le blochet, une pièce courte et horizontale

Le blochet est une pièce de bois courte, posée horizontalement en travers du mur, à l'aplomb de chaque ferme. Il repose sur deux sablières parallèles, l'une côté intérieur, l'autre côté extérieur du mur : c'est ce qu'on appelle la double sablière. Le blochet les relie l'une à l'autre et forme avec elles une sorte d'échelle couchée sur le haut du mur.

Sur ce blochet viennent s'assembler deux pièces de la ferme : le pied de l'arbalétrier, qui monte vers le faîtage en suivant la pente du toit, et le pied de la jambe de force, une pièce inclinée qui part du blochet et soutient l'arbalétrier plus haut, ou monte jusqu'à l'entrait retroussé. Le blochet est donc un point de rencontre, un nœud, à l'endroit où la ferme touche le mur.

On peut voir le blochet comme un tronçon d'entrait qu'on aurait gardé aux deux extrémités, en supprimant toute la partie centrale qui traversait le comble.

La ferme sur blochet, une ferme sans entrait

Une ferme traditionnelle est un triangle : deux arbalétriers en pente et un entrait horizontal en bas. Dans une ferme sur blochet, ce triangle n'est plus fermé à la base. L'entrait qui traversait le comble a disparu, remplacé par deux blochets posés sur les murs.

Lisez la ferme de bas en haut. Sur chaque mur, la double sablière reçoit un blochet. Sur le blochet s'appuient l'arbalétrier et la jambe de force. Plus haut, à mi-hauteur du comble ou un peu au-dessus, une pièce horizontale relie les deux arbalétriers : c'est l'entrait retroussé, ainsi nommé parce qu'il est remonté par rapport à l'entrait classique. Des aisseliers peuvent raidir l'angle entre l'arbalétrier et l'entrait retroussé. Au sommet, un poinçon court ou un simple assemblage reçoit le faîtage.

Le résultat : tout le volume situé sous l'entrait retroussé est libre. On peut s'y tenir debout, y circuler, y aménager une pièce sans enjamber une poutre tous les quelques pas.

Comment elle tient : le chemin de la poussée

Toute la difficulté de la ferme sur blochet tient en un mot : la poussée. Sous le poids de la couverture, de la neige et du vent, les arbalétriers ont tendance à s'ouvrir, c'est-à-dire à écarter leurs pieds vers l'extérieur. Dans une ferme classique, l'entrait les retient comme un tirant : il travaille en traction et la poussée ne sort jamais de la ferme.

Sans entrait, cette retenue doit se faire autrement. Une partie de l'effort est reprise plus haut par l'entrait retroussé, qui ferme un triangle à mi-hauteur et limite l'ouverture des arbalétriers. Le reste descend par les arbalétriers et les jambes de force jusqu'aux blochets, qui le transmettent à la double sablière, et de là au mur. Le mur reçoit donc une poussée horizontale qu'il n'aurait pas avec un entrait classique.

C'est pourquoi les fermes sur blochet se trouvent surtout sur des murs épais en maçonnerie, capables d'encaisser cette poussée sans se déverser. La double sablière, bien liée par les blochets et parfois ancrée dans la maçonnerie, répartit l'effort sur toute la longueur du mur. Plus la pente est forte, plus la poussée horizontale diminue, ce qui explique aussi pourquoi ces charpentes accompagnent souvent des toits très pentus.

Les assemblages d'une ferme sur blochet

Ces charpentes sont presque toujours assemblées à la manière traditionnelle, bois sur bois, sans quincaillerie.

Le pied de l'arbalétrier entre dans le blochet par un tenon et mortaise, souvent complété par un embrèvement : une entaille en biais qui permet à l'arbalétrier de buter contre le blochet et d'y transmettre sa poussée par contact, sans compter sur le seul tenon. La jambe de force s'assemble de la même façon. Des chevilles de bois traversent les assemblages pour les maintenir serrés.

Le blochet lui-même s'assemble sur les deux sablières. On l'entaille pour qu'il s'encastre partiellement dans chacune, parfois en queue d'aronde, une forme évasée qui empêche les sablières de s'écarter l'une de l'autre. C'est cet assemblage qui transforme deux sablières indépendantes en un véritable cadre horizontal capable de reprendre la poussée.

Plus haut, l'entrait retroussé s'assemble aux arbalétriers par tenons et mortaises ou par entailles, et les aisseliers raidissent ces angles. La qualité de chacun de ces nœuds conditionne la tenue de l'ensemble.

Où on la rencontre

La ferme sur blochet appartient d'abord au patrimoine. On la trouve dans les granges et les bâtiments agricoles, où l'on voulait engranger le foin sous le toit sans être gêné. On la trouve dans des églises et des chapelles, où la charpente est parfois laissée apparente, parfois masquée par une voûte en bois lambrissée qui épouse la forme libérée par l'absence d'entrait. On la trouve enfin dans des maisons anciennes dont le grenier servait de logement ou de stockage.

Elle réapparaît aujourd'hui dans des rénovations et des constructions neuves qui recherchent un volume cathédrale sous charpente apparente. Dans ce cas, la poussée est souvent reprise par des moyens modernes : tirants métalliques discrets, ancrages dans un chaînage, ou calcul précis des sections et des assemblages.

Selon les régions et les époques, la même disposition porte d'autres noms ou se combine avec d'autres pièces : jambettes, contrefiches, entraits retroussés doublés. Les charpentiers anciens adaptaient le principe à la portée, au bois disponible et à l'usage du bâtiment. Ce qui reste constant, c'est l'idée de départ : dégager le comble en reportant la retenue de la ferme plus haut, et en confiant le pied de ferme à un blochet posé sur un mur solide.

Ferme sur blochet ou ferme à entrait retroussé

On confond souvent les deux, et pour cause : une ferme sur blochet comporte presque toujours un entrait retroussé. La différence porte sur le pied de ferme.

Dans une ferme à entrait retroussé simple, les pieds des arbalétriers reposent directement sur une sablière, ou s'y assemblent par une jambette, sans blochet. Dans une ferme sur blochet, le pied de ferme repose sur ce blochet qui relie une double sablière, et la jambe de force part de lui. Le blochet offre un appui plus large, mieux réparti sur l'épaisseur du mur, et il permet d'organiser plusieurs pièces autour d'un même nœud.

Ferme à entrait classiqueFerme sur blochet
Triangle ferméEn bas, par l'entraitPlus haut, par l'entrait retroussé
CombleEncombré par l'entraitLibre sous l'entrait retroussé
Poussée sur les mursQuasi nulleRéelle, reprise par la double sablière et le mur
Murs adaptésTousMurs épais et bien liés

Les désordres à surveiller

Parce qu'elle transmet une poussée au mur, la ferme sur blochet a des faiblesses typiques. Les connaître permet de lire une vieille charpente.

Le premier signe est l'écartement des murs : des murs gouttereaux qui penchent vers l'extérieur, des fissures en haut des murs, une ligne de faîtage qui s'affaisse au milieu. La charpente s'est ouverte et le mur a suivi.

Le deuxième est la pourriture en pied. La double sablière et les blochets sont posés sur le haut du mur, sous l'égout du toit, là où une gouttière qui déborde ou une tuile cassée laissent entrer l'eau. Un blochet pourri ne transmet plus rien, et la ferme perd son appui.

Le troisième touche les assemblages : un tenon fendu, une cheville cassée, un embrèvement écrasé, un blochet fendu dans son entaille. Ces défauts laissent jouer la ferme, et le jeu s'aggrave à chaque tempête.

Les remèdes dépendent du diagnostic. On peut poser des tirants métalliques qui relient les deux murs ou les deux pieds de ferme, remplacer un blochet ou une portion de sablière pourris, reprendre un assemblage par une ferrure, ou ajouter un entrait si l'usage du comble le permet. Ces interventions se décident avec un charpentier qui a examiné l'ensemble, car toucher un nœud modifie le chemin des efforts dans toute la ferme.

Lire une ferme sur blochet lors d'une visite

Si vous visitez une maison ancienne ou une grange avec ce type de charpente, quelques observations simples renseignent sur son état. Montez dans le comble avec une bonne lampe et commencez par le bas, le long des murs.

Regardez d'abord les blochets et la double sablière : couleur du bois, traces d'eau, mousses, bois qui s'effrite sous le tournevis. C'est la zone la plus exposée, et elle est souvent cachée sous de vieux isolants ou des gravats qu'il faut écarter. Regardez ensuite les pieds d'arbalétriers et de jambes de force : un assemblage sain est serré, sans jour visible ni cheville qui dépasse.

Prenez ensuite du recul. Visez la ligne de faîtage d'un bout à l'autre : elle doit être droite. Comparez l'aplomb des murs gouttereaux, à l'intérieur comme à l'extérieur, avec un simple fil à plomb. Enfin, cherchez les fissures en tête de mur, sous l'égout. Une charpente qui a bougé il y a longtemps et qui s'est stabilisée n'a pas le même diagnostic qu'une charpente qui continue de s'ouvrir : des fissures fraîches, aux arêtes vives, sont plus inquiétantes que des fissures anciennes et salies.

Isoler et aménager sous une ferme sur blochet

Le grand intérêt de ces charpentes, c'est le volume. On peut y aménager une chambre, un bureau ou une pièce à vivre en gardant la charpente apparente. Encore faut-il le faire sans la mettre en danger.

L'isolation se pose en général sous les rampants, entre et sous les chevrons, ou par l'extérieur en reprenant la couverture. Dans tous les cas, elle ne doit pas enfermer les blochets et la double sablière dans un isolant humide : ces pièces doivent rester ventilées et contrôlables. Un pare-vapeur continu côté intérieur évite que l'humidité de la pièce ne vienne condenser dans la charpente.

Méfiez-vous aussi des charges ajoutées. Un plancher neuf posé sur l'entrait retroussé, des cloisons accrochées aux arbalétriers, un lourd doublage peuvent modifier l'équilibre de la ferme. Toute charge nouvelle se vérifie avec un professionnel, surtout si la charpente a déjà montré des signes d'ouverture.

Peut-on supprimer l'entrait d'une charpente existante ?

C'est une question fréquente au moment d'aménager un comble, et la réponse est prudente. Couper l'entrait d'une ferme classique pour la transformer en ferme sur blochet ne se fait jamais sans étude. Les murs n'ont peut-être jamais été conçus pour recevoir une poussée, les assemblages en pied n'ont pas été taillés pour la transmettre, et l'entrait sert souvent aussi à porter un plancher ou un plafond.

Un charpentier ou un bureau d'études vérifie la capacité des murs, propose un nouvel ensemble de pièces, entrait retroussé, jambes de force, blochets ou tirants, et organise l'ordre des travaux avec étaiement. C'est un chantier de charpente à part entière, pas une simple coupe.

Pour comprendre le rôle exact de la pièce qu'on supprime, voyez la page sur l'entrait et son rôle dans la ferme. Les autres pièces et nœuds sont détaillés dans la rubrique sur les pièces et assemblages d'une ferme de charpente, avec l'ensemble des guides de Charpentiers France.

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