Charpente Traditionnelle

Types de lucarnes : jacobine, capucine, chien-assis et autres

Jacobine, capucine, chien-assis, rampante, meunière, outeau : les types de lucarnes expliqués, comment les reconnaître et ce que chacun demande à la charpente.

Jean-Paul Lefèvre8 novembre 20269 min de lecture
Types de lucarnes : jacobine, capucine, chien-assis et autres

Une lucarne, c'est une ouverture verticale qui sort du toit pour éclairer et aérer le comble. Elle a ses propres murs, ses propres petits pans de toiture, sa fenêtre de face. Selon les régions, les époques et les usages, les charpentiers en ont inventé de nombreuses formes, avec un vocabulaire riche qui déroute un peu : jacobine, capucine, chien-assis, meunière, outeau, œil-de-bœuf. Ce guide passe en revue les principaux types de lucarnes, explique comment les reconnaître au premier coup d'œil, puis montre comment une lucarne se construit dans une charpente, neuve ou existante, et quelles démarches prévoir avant de l'ouvrir.

Lucarne ou fenêtre de toit : la différence

On confond souvent les deux, alors qu'elles ne fonctionnent pas du tout de la même façon. La fenêtre de toit se pose dans la pente du toit, à plat sur les chevrons. Elle ne change pas la forme de la toiture et ne crée aucun volume supplémentaire. Elle éclaire beaucoup, mais elle ne fait pas gagner de hauteur sous plafond.

La lucarne, elle, sort du toit. Elle a une face verticale, la façade de la lucarne, qui porte la fenêtre, et des côtés appelés jouées. Elle est coiffée de sa propre petite toiture. À l'intérieur, elle crée un volume où l'on peut se tenir debout devant la fenêtre, ce qui change l'usage d'une pièce sous combles. Elle donne aussi une vue droite sur l'extérieur, alors qu'une fenêtre de toit regarde surtout le ciel.

En contrepartie, une lucarne est un ouvrage de charpente et de couverture à part entière, plus long et plus coûteux à réaliser qu'une fenêtre de toit, avec des raccords d'étanchéité plus nombreux.

La lucarne jacobine, à deux pans

La jacobine est la plus répandue. Sa petite toiture a deux pans qui se rejoignent à un faîtage perpendiculaire à celui du toit principal, et sa façade se termine en haut par un fronton triangulaire, comme un petit pignon. Vue de face, elle ressemble à une maison miniature posée sur le toit.

On l'appelle souvent, à tort, chien-assis. Elle se prête à toutes les couvertures, tuile ou ardoise, et à presque toutes les architectures. Ses deux pans se raccordent au toit principal par des noues, qui demandent une exécution soignée pour rester étanches.

La lucarne capucine, à trois pans

La capucine ressemble à la jacobine, mais sa toiture a trois pans : les deux pans latéraux et un petit pan incliné vers l'avant, au-dessus de la fenêtre, qu'on appelle une croupe. Le nom viendrait de sa ressemblance avec le capuchon des moines capucins.

Cette croupe protège mieux la façade de la lucarne et sa menuiserie de la pluie, puisque l'eau est renvoyée vers l'avant au lieu de couler sur un fronton. On la rencontre beaucoup dans l'Ouest, en Normandie, en région parisienne, souvent en ardoise. Elle est un peu plus complexe à réaliser qu'une jacobine, à cause de ses arêtiers supplémentaires.

Le chien-assis

Le vrai chien-assis a une toiture à un seul pan, incliné en sens inverse de la pente du toit principal, ou presque à plat. Vue de profil, sa silhouette évoque un chien assis, d'où son nom. Il peut être très large et occuper une bonne partie du versant.

Il apporte beaucoup de lumière et beaucoup de hauteur sur une grande largeur, ce qui en fait une solution efficace pour aménager un comble. En revanche, sa pente faible ou inversée demande une couverture adaptée, souvent en zinc ou en membrane, et une étanchéité très soignée. Dans certains secteurs, les règles d'urbanisme le limitent pour des raisons d'aspect.

La lucarne rampante

La lucarne rampante a aussi une toiture à un seul pan, mais incliné dans le même sens que le toit principal, avec une pente plus faible. Elle se raccorde au toit en haut et se termine en bas par sa façade verticale. Discrète, elle s'intègre bien aux longs pans de toiture des maisons rurales et des granges, et sa réalisation est relativement simple.

Meunière, pendante, passante

Certaines lucarnes ne se contentent pas de sortir du toit : elles descendent dans le mur de façade. Leur face verticale prolonge le mur et coupe la corniche ou la gouttière.

La lucarne meunière, ou pendante, était destinée à monter des sacs de grain ou du fourrage au grenier : elle descend largement dans la façade et sa toiture déborde souvent en avant pour abriter une poulie. On la voit sur les moulins, les fermes et les granges. La lucarne passante, ou engrangeante, coupe la ligne d'égout du toit : sa façade est dans le plan du mur, et la gouttière s'interrompt de part et d'autre.

Ces lucarnes sont belles mais délicates à étancher, puisque la ligne d'égout est interrompue. Il faut organiser l'évacuation de l'eau de chaque côté de la lucarne.

Les petites lucarnes : outeau, œil-de-bœuf, lucarne bombée

Quand on cherche une petite lucarne, on pense à plusieurs formes destinées surtout à la ventilation et à un peu de lumière.

L'outeau est une petite ouverture triangulaire ou en demi-cercle, souvent sans fenêtre, qui ventile le comble. On en voit sur les toits en ardoise et sur les bâtiments agricoles. L'œil-de-bœuf est une petite lucarne ronde ou ovale, très décorative, qu'on trouve sur les toits des demeures et des bâtiments publics. La lucarne bombée, ou cintrée, porte une petite toiture courbe au-dessus de sa fenêtre, souvent couverte en zinc ou en ardoise façonnée.

Ces petites lucarnes demandent un savoir-faire de couvreur particulier, car leurs formes courbes ou leurs dimensions réduites compliquent les raccords. Elles participent beaucoup au caractère d'une toiture ancienne et méritent d'être conservées en rénovation.

Les autres formes qu'on rencontre

La liste ne s'arrête pas là. La lucarne à fronton en pierre, typique des demeures et des hôtels particuliers, a une façade maçonnée surmontée d'un fronton sculpté, triangulaire ou cintré : c'est la version noble de la jacobine. La lucarne-pignon prolonge directement un mur de façade jusqu'à son propre pignon et se confond presque avec un avant-corps. La lucarne en trapèze, plus récente, a une façade inclinée ou des jouées obliques pour suivre une architecture contemporaine.

On trouve aussi des lucarnes à croupe débordante, dont la toiture avance largement au-dessus de la fenêtre, et des lucarnes jumelées, deux fenêtres sous une même toiture. Chaque région a ses variantes, ses noms et ses proportions. En rénovation, le plus sûr est d'observer les lucarnes anciennes du voisinage, qui donnent le bon modèle.

Isoler une lucarne

Une lucarne est un point faible thermique : elle multiplie les parois minces, jouées, façade, petite toiture, et les raccords avec le toit principal. Mal isolée, elle devient une pièce froide en hiver et étouffante en été, avec des risques de condensation.

L'isolant se pose dans l'ossature des jouées, sous la toiture de la lucarne et autour du cadre de la fenêtre, en continuité avec l'isolation des rampants. Un pare-vapeur continu côté intérieur, raccordé soigneusement à celui du comble, évite que l'humidité de la pièce ne traverse l'isolant. La menuiserie elle-même doit être performante, puisque c'est souvent la plus grande surface vitrée du comble.

Entretien et désordres des lucarnes

Les lucarnes vieillissent plus vite que le reste du toit, parce qu'elles concentrent les raccords et qu'elles reçoivent l'eau de plusieurs directions. Les désordres les plus fréquents sont des infiltrations par les noues ou par les bandes le long des jouées, une menuiserie qui pourrit en pied faute d'appui bien ventilé, et des jouées dont le bardage ou les ardoises se détachent.

Un contrôle visuel régulier, aux jumelles depuis le sol et depuis l'intérieur du comble, permet de repérer tôt une tache d'humidité ou une ardoise glissée. Les noues doivent rester dégagées des feuilles et des mousses. Une lucarne entretenue dure aussi longtemps que le toit qui la porte.

Reconnaître une lucarne en un coup d'œil

TypeToiture de la lucarneSigne distinctif
JacobineDeux pansFronton triangulaire en façade
CapucineTrois pansPetite croupe au-dessus de la fenêtre
Chien-assisUn pan, pente inverséeLarge, silhouette de chien assis
RampanteUn pan, même sens que le toitPente plus faible que le toit
Meunière, passanteVariableDescend dans la façade, coupe l'égout

Comment une lucarne se construit

Une lucarne est une petite charpente greffée sur la grande. Pour l'ouvrir, il faut d'abord interrompre les chevrons du toit à l'endroit de l'ouverture. Les chevrons coupés sont repris par des pièces transversales, les chevêtres, qui transmettent leur charge aux chevrons voisins, eux-mêmes souvent doublés.

Sur ce cadre se dressent les poteaux de façade de la lucarne, reliés en haut par un linteau au-dessus de la fenêtre. Les jouées, côtés triangulaires de la lucarne, sont formées d'une ossature de petits poteaux, puis habillées d'un bardage, d'ardoises, de zinc ou d'enduit. Au-dessus, la toiture de la lucarne a ses propres chevrons, son petit faîtage et, pour une capucine, ses arêtiers.

Le raccord entre la lucarne et le toit principal concentre les risques d'infiltration : les noues où se rencontrent les pans, les bandes d'étanchéité le long des jouées, l'appui de la fenêtre. C'est là que se joue la durée de vie de l'ouvrage.

Créer une lucarne dans une charpente existante

Ajouter une lucarne à un toit existant est un vrai chantier de charpente. Il faut vérifier que la charpente peut recevoir l'ouverture, étayer pendant la coupe des chevrons, et parfois renforcer les pièces voisines. Sur une charpente en fermettes industrielles, on ne coupe pas une fermette sans l'avis du fabricant ou d'un bureau d'études : chaque barre participe à la résistance de l'ensemble.

Côté démarches, une lucarne modifie l'aspect extérieur de la maison et crée parfois de la surface de plancher. Elle relève au minimum d'une déclaration préalable en mairie, parfois d'un permis de construire, et le plan local d'urbanisme peut imposer un type de lucarne, des proportions ou des matériaux. En secteur protégé, l'architecte des Bâtiments de France donne son avis. Renseignez-vous avant de dessiner le projet : le type de lucarne autorisé est souvent celui qu'on voit déjà dans la rue.

Restaurer une lucarne ancienne

Une lucarne ancienne abîmée se restaure souvent mieux qu'elle ne se remplace. Le charpentier commence par déposer l'habillage pour examiner l'ossature : poteaux de façade, linteau, pied des jouées, chevêtres. Les pièces pourries sont remplacées à l'identique, dans la même essence, ou réparées par entures. La menuiserie est reprise ou refaite sur le modèle d'origine, avec ses petits bois si elle en avait.

La couverture de la lucarne et ses raccords, noues, bandes, solins, sont refaits à neuf dans la foulée, car ce sont eux qui ont laissé entrer l'eau. Conserver la forme exacte de la lucarne, ses proportions et ses matériaux, c'est aussi garder la valeur de la maison, surtout dans un centre ancien.

Choisir le type de lucarne

Le choix tient en quelques critères. Le style de la maison et de la région d'abord : une capucine en ardoise n'a pas sa place sur un mas provençal. La lumière et la hauteur recherchées ensuite : un chien-assis ou une large jacobine dégagent plus d'espace qu'un petit outeau. La pente et la couverture du toit enfin, qui conditionnent les raccords.

Pour situer la lucarne parmi les autres pièces de la toiture, chevrons, pannes, faîtage, appuyez-vous sur le schéma d'une charpente traditionnelle. D'autres ouvrages sont présentés dans la rubrique sur les ouvrages de charpente traditionnelle, parmi les guides de Charpentiers France.

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